Défectueux, illogique, bien-conçu, juste, imparfait.

ALEXANDRE DESSUREAULT
MONTRÉAL

Notre système de santé acquiert sans cesse de nouveaux qualifiants. Sitôt il est le meilleur
système au monde, garant du bien-être de chaque citoyen, les mieux nantis comme les démunis. Sitôt c’est l’opposé, avec des articles sans fin dans les journaux citant les records de temps d’attente aux urgences. En effet, une chose est certaine : le système de santé ne fait pas
l’unanimité.

En médecine, on nous apprend – ou plutôt on témoigne – des subtilités de ce système dès
le début de notre éducation.

Nous avons d’abord un cours en 1 ère année sur l’Histoire de la Médecine au Québec,
couvrant la naissance de la médecine générale, la venue des spécialités et le remplacement
progressif des généralistes hospitaliers au profit d’une médecine de pointe omniprésente dans les hôpitaux que l’on connaît aujourd’hui. L’hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui fait à présent partie d’un CIUSSS (ou Centre Intégré Universitaire de Santé et de Services Sociaux de l’Est de l’Ile) selon la nouvelle réforme, en est un exemple parfait : à sa création, l’hôpital fut l’un des premiers centres en Amérique du Nord dédié aux spécialistes médicaux. Il est à présent un centre reconnu, entre autre, pour ses avancées dans plusieurs domaines de pointe dont celui d’hématologie-oncologie, ou d’autres encore tels que l’ophtalmologie. Le centre est reconnu, par exemple, pour son programme de greffes de cellules souches hématopoïétiques (sanguines).

Il s’agit donc de ce remplacement progressif qui à conduit à l’idée d’une médecine plus
structurée: le suivi des patients se ferait à long terme par un spécialiste dans ce domaine (soit, le médecin de famille), alors que les problèmes plus complexes seraient d’avantage pris en charge par les spécialistes. Nous sommes donc passés d’une médecine paternaliste à une médecine centrée sur le patient.

En 1 ère puis en 2 e année, avant nos stages d’externat, nous avons également des cours
d’immersion aux milieux cliniques. Nous voyons des patients hebdomadairement et nos tuteurs sont, pour la plupart, des médecins de famille qui nous enseignent leur art. L’inspection, la palpation, l’auscultation et la percussion nous sont enseignés dès les premières séances; nous apprenons la médecine pratique. Cet exercice pédagogique en est un d’observation également. En effet nous pouvons témoigner des forces et faiblesses du système en direct. Plusieurs patients que nous voyons – 21% des québécois selon des données de 2011 – n’ont pas de médecin de famille; à une époque où les plus gros fléaux, soit les maladies cardiovasculaires, les cancers et les maladies chroniques, nécessitent d’autant plus un suivi constant et une approche plus globale, centrée sur le patient.

Nous avons vraisemblablement dévié du plan initial d’assurer un suivi médical continu pour tous les citoyens: aujourd’hui le Ministère de la Santé considère qu’il y a trop de médecins, et que la façon de régler le problème est d’imposer des sanctions à certains d’entre eux qui ne respectent pas les quotas. Entre temps, le site du Ministère qui offre un service
de « matching » à un médecin sur son site web n’a toujours pas démontré de succès dans mon
cas, moi qui me cherche un médecin de famille depuis bientôt 2 ans. Où est donc le problème…

Selon moi, il n’existe pas de solution simple. Nous avons hérité d’un système qui a évolué
avec le temps comme grandit un arbre : il faut vivre avec l’orientation du tronc et la façon dont les branches ont poussé. Cependant, il ne faut qu’observer nos voisins du Sud pour constater que notre système reflète un choix de société noble et juste; un choix qui permet à tous d’accéder aux soins.