Je n'aime pas aller chez le médecin!

E JC
MONTRÉAL

Aller chez le généraliste, c’est la certitude d’attendre entre 3 et 9 heures de temps pour rencontrer un médecin. Et si vous allez chez le médecin, il ne faut pas trop analyser les procédures, ni les airs condescendants, tant du personnel de soutien que des médecins dont les tons peuvent blesser ou humilier.


ANECDOTE ANODINE À L'APPUI.
Un bon matin, je me pointe dans une clinique sans rendez-vous pour faire : suivi gynécologique; tests de MTS; traiter une verrue plantaire et voir si il est possible de me faire vérifier et retirer un grain de beauté. Tout va bien, je fais un contrôle de routine et je m’attends à avoir une prescription pour aller chez un dermatologue pour le grain de beauté sur la main.

J’arrive à l’accueil, je commence à déballer mon blabla. La madame (sèche et expéditive) m’ouvre un dossier et m’indique de patienter dans la salle d’accueil.

J’attends 2h30 (Pas si pire!) avant de rencontrer l’infirmière (désagréable en passant). Elle me demande ce qui m’amène. J’entame pour la deuxième fois mon blabla avec ouverture.

ME : Oui j’aimerais faire un frottis, ainsi qu’un bilan MTS, et, je souhaite aussi traittttt……
SHE : Non mais de toute façon si vous venez chez le médecin, c’est pour soigner UNE chose uniquement.
ME: Pardon? Si, j’ai un genou cassé et une bronchite, je dois consulter 2 fois?
SHE : Oui. Sinon les gens viennent avec une liste de choses à soigner.
ME: Blague à part; si ils ont plusieurs choses à traiter, ça ferait pas gagner du temps à toute la chaine, de les ausculter sur le champ pour l’ensemble des bobos, au lieu d’avoir à les gérer sur plusieurs jours?
SHE : Ah bèh c’est comme ÇA!
ME : Comme ÇA ….. Et comment fait-on pour déterminer la priorité?
SHE : Ah bèh …. c’est selon ce que le patient souhaite soigner en priorité….

Je sens la moutarde me monter au nez, puis je me rappelle que cette personne au ton désagréable est une exécutante de décisions qui la dépassent et qu’il est préférable d’être positive avec elle.

ME : Oki doki, je vais quand même vous décliner ma liste et vais écouter vos orientations.

Elle prend en note mon blabla. Elle prend aussi ma tension ainsi que ma température. (Pourquoi? Je viens pour une verrue et un pap test! Que ma température soit normale ou pas est-ce que ça va retirer ma verrue? Indiquer que j’ai une MTS? Non! Alors POURQUOI elle me fait ça!? Ce n’est pas par soucis d’efficacité on s’entend, sinon le dude qui a une pneumonie et un genou cassé, on l’examine en une fois par soucis d’efficacité, on ne lui dit pas de revenir le lendemain!).

Alors je lui demande, l’air de rien, pourquoi elle me prend la température et la tension. Elle me dit carré : « C’est la procédure. Ça prend juste quelques secondes. »

Son air est blasé. Je suis déçu de cette réponse et ce ton que je ne comprends pas.

Je le suis d’autant plus qu’elle ne me donne pas d’indication particulière pour mon bilan, à par celle d’aller dans la salle d’attente avant que je puisse rencontrer un médecin.

Alors me voilà pour (1h30 d’attente. J’ai de la chance encore! Merci!)

La médecin que je rencontre a l’assurance humble et encourage à la confiance (Tous les médecins ne sont vraiment pas comme ça). Elle me demande pourquoi je suis là. Moi qui vient de parler à une secrétaire sèche et efficace, 8 minutes, puis à une infirmière désagréable 15 minutes, tout en ayant attendu 4heures pour la rencontrer, j’aurais pensé que l’information serait remontée à son oreille... Que nenni. Je narre mon blabla pour la troisième fois. Avec cette médecin, je me suis bien senti. Je n’ai pas toujours eu ce sentiment avec les médecins qui ont souvent un ton condescendant, arbitraire et qui n’écoutent pas. Alors j’ai été en confiance pour qu’elle me fasse un pap test. Et oui c’est normal de faire un pap test, c’est naturel, il vaut mieux prévenir que guérir, je suis total relax et mature par rapport à ça. Mais il reste que c’est quand même se déculotter face à un(e) inconnue et parler de sa sexualité. Alors jsuis relaxe jusqu’à un certain point. Une chance, c’était une sweety girl… Elle m’explique la démarche pour faire des prélèvements sanguins, le traitement de la verrue plantaire et me donne une prescription pour aller voir le dermatologue.

Pour ces choses qui sont de la prévention, ça va me prendre 3 rendez-vous différents en plus de celui d’aujourd’hui. Définitivement il faut avoir du temps et que le système de santé ait de l’argent. J’ai du mal à comprendre pourquoi elle ne me brule pas la verrue sur le champs. Ça ne prend pas de temps, ça en fait gagner. Oui car je suis revenue deux jours après, et je suis repassée au travers tous le processus (Accueil + infirmière désagréable + température + brûlure de verrue). L’action dure 3 minutes, le processus 4 heures. Où est l’efficacité?

Finalement, je quitte la gentille médecin, je vais à l’accueil pour récupérer mes prescriptions pour les tests MTS et le dermatologue. Et là PAF, la chipie de l’accueil, complète mon dossier à haute voix! Bah oui, parce que après m’être déculottée face à une étrangère sympathique, j’ai vraiment envie que le reste de l’humanité sache précisément que je vais faire un check up MTS! Se rendant compte de sa maladresse… la chipie RIGOLE nonchalamment sans complexe avec l’infirmière désagréable de tantôt qui, va savoir pourquoi, rode à côté de moi!

C’était irrespectueux. C’est un problème de ne pas respecter ceux et celles qui viennent à elles et qui dans 100% des cas, sont en situation de vulnérabilité dans des échelles variables bien sûr. Quand on va chez le médecin, c’est mettre carte sur table quant à sa propre finitude. Dans notre système de santé québécois, c’est raconter ses faiblesses à un minimum de 4 inconnues qui vous font sentir qu’ils n’en n’ont rien à bouncer de votre état.

Mon anecdote n’est pas si pire vraiment. Mais, elle s’additionne à toutes celles vécues précédemment, et surtout, aux anecdotes entendus de mères de famille, de personnes âgées, de personnes vulnérables (soit ce que je serai un jour), et qui ont défini mon sentiment général à propos du système de santé. Bien que gratuit, je le perçois comme difficilement accessible, déshumanisé, et source de gaspillage d’argent publique. Comme inefficace, non respectueux des personnes, il est aussi chronophage et donc encourage aux alternatives. Par exemple, s’orienter vers des filières privées à l’étranger ou locales ou des médecines dites holistiques avec une approche plus globale. Ce qui crée un système à plusieurs vitesses dans lequel il y a, j’ai le sentiment, beaucoup trop d’exclus.

Cette déshumanisation de la relation au patient et l’inefficacité logistique sont, sont angoissantes pour les bénéficiaires (en tout cas pour moi), et selon ma perception chronophage et chers pour le système. Je me laisse cependant croire qu’avec une approche structurelle globale qui porte en elle un peu plus l’intention de care les patients, et que les médecins et personnelles de la santé soient porteurs de cette intention, ce problème pourrait au moins s’atténuer au profit de la santé physique, mentale et financière de notre société actuelle et celle de demain.